En résumé
- La prime physique est la majoration, en dollars par tonne, payée au-dessus du prix LME pour obtenir le métal sous une certaine forme, en un certain lieu et à un certain moment.
- Elle couvre des coûts réels — transport depuis l'entrepôt, droits de douane, financement, manutention, assurance — et la disponibilité du métal sur ce marché régional : quand le métal manque, la prime monte même si le LME baisse.
- Les références les plus suivies sont la prime de l'aluminium à Rotterdam (duty paid et duty unpaid), le Midwest américain, le MJP japonais, les primes des cathodes de cuivre en Europe, celles du zinc, du nickel et du plomb.
- Dans les contrats de fourniture, le prix est « LME + prime » : la bourse donne la composante de marché, la prime la composante régionale. Les deux parties se négocient séparément et bougent pour des raisons différentes.
- À partir de 2026, le MACF (CBAM) ajoute un coût sur le métal primaire importé en Europe : un facteur de plus à lire dans les primes européennes.
Ce que sont les primes physiques
La cotation LME se réfère à un contrat standard : un métal de qualité et de forme enregistrées par la bourse — pour l'aluminium le lingot primaire 99,7 %, pour le cuivre la cathode Grade A — livré dans n'importe quel entrepôt agréé dans le monde. C'est un prix de référence mondial, pas un prix d'achat. Qui achète du métal pour le transformer le veut sous une forme spécifique (billettes, plaques, fil machine, lingots alliés) et livré dans sa propre usine un mois donné.
La prime est ce qui sépare les deux prix. Elle s'exprime en dollars par tonne (aux États-Unis en cents par livre) et s'ajoute à la cotation de bourse : le résultat est le prix « tout compris » du métal physique. En termes simples, le LME est le prix de base de la voiture ; la prime, ce sont les options, la livraison et l'immatriculation.
Ce que couvre une prime
Dans une prime, il y a des composantes de coût et des composantes de marché. Les coûts sont mesurables : le transport de l'entrepôt LME à l'usine, les droits de douane là où le métal est importé (c'est pourquoi Rotterdam a une prime duty paid et une prime duty unpaid), le financement du métal pendant le temps qui sépare l'achat de la livraison, la manutention, l'assurance, l'éventuelle transformation sous une forme autre que le lingot.
La composante de marché est la disponibilité : combien de métal il y a, sous cette forme et dans cette région, par rapport à la demande. C'est là que la prime devient un indicateur à part entière : quand les fonderies européennes réduisent leur production, quand les files d'attente des entrepôts allongent les délais de retrait, quand un droit de douane ferme un flux d'importation, la prime monte même avec un LME stable ou en baisse. C'est pourquoi la prime se lit comme un thermomètre du marché régional, distinct du prix de bourse.
Les primes de référence, métal par métal
Chaque métal et chaque région ont leurs propres références, relevées par les agences de prix et négociées entre producteurs, négociants et consommateurs.
Pourquoi les primes bougent
Les primes ont une histoire propre, souvent différente de celle du LME. En 2013-2014, la prime de l'aluminium à Rotterdam a atteint des records alors que la bourse était faible : les files d'attente de retrait dans les entrepôts et les opérations de financement gardaient le métal hors du marché physique. En 2021-2022, les primes européennes duty paid sont remontées à des sommets, poussées par le coût de l'énergie qui arrêtait les fonderies européennes et par une logistique sous tension. En 2018, les droits de douane américains sur l'aluminium ont fait monter la prime Midwest sans effet symétrique sur le LME.
Cinq facteurs à suivre : les frets maritimes et la logistique, les droits de douane et les mesures commerciales, le coût du financement (les taux d'intérêt), l'état des fonderies régionales (fermetures et redémarrages, souvent liés au prix de l'énergie) et les flux commerciaux, en particulier les importations chinoises. En Europe, à partir de 2026, s'ajoute le MACF : l'obligation de couvrir les émissions incorporées dans le métal primaire importé est un coût que le marché tend à refléter dans les primes du métal d'origine hors UE.
Le prix tout compris : un exemple
Le prix qu'une entreprise européenne paie pour le métal physique se construit en trois étapes. D'abord, la composante de bourse : le prix LME de la période de référence prévue au contrat — l'Official cash ou le trois mois d'un jour, ou la moyenne du mois. Ensuite, la prime négociée, en dollars par tonne, qui dépend de la forme, du lieu et de la période. Enfin, la conversion en euros au taux de change prévu au contrat.
Un exemple avec des chiffres fictifs : LME aluminium cash 2 500 dollars par tonne, prime Rotterdam duty paid 300 dollars, total 2 800 dollars par tonne ; avec un change euro-dollar de 1,10, le prix en euros est de 2 545 euros par tonne. Si la prime monte à 400 dollars avec un LME stable, le prix devient 2 900 dollars, soit 2 636 euros : une hausse de 3,6 % que la cotation de bourse ne montre pas. C'est pourquoi les acheteurs de métal suivent LME, prime et change comme trois séries distinctes.
Comment on les utilise dans les contrats
Dans les contrats de fourniture, la formule type est « LME + prime ». La partie LME est rattachée à un prix de bourse publié et vérifiable : l'Official cash d'un jour, la moyenne mensuelle (le MASP du LME) ou la moyenne de la période de cotation (QP) convenue. La prime se négocie à part, en général pour un trimestre, un semestre ou un an, et reste fixe sur cette période : c'est la composante que l'acheteur négocie vraiment avec le fournisseur.
Trois clauses à rédiger avec soin : la période de référence du prix LME, le taux de change à appliquer pour la conversion en euros (le guide sur le change euro-dollar explique les alternatives) et la forme du métal, car les primes des billettes, plaques et fil machine diffèrent de celles du lingot. Un contrat qui ne cite que « le prix LME » laisse indéterminée la partie la plus négociable du coût.
Les primes sur FT Mercati
FT Mercati publie les primes sur les métaux LME à côté des cotations de bourse, avec l'historique qui permet de lire le cycle des primes et de comparer les offres des fournisseurs avec le marché. Les Indices Milan, qui prolongent les cotations historiques de la place de Milan, intègrent les primes du marché italien dans le prix en euros des métaux et des alliages : ils sont la référence contractuelle de qui achète en Italie.
Sur la plateforme, les trois composantes du prix physique — LME, primes et change — sont sur le même écran, avec les graphiques, les moyennes et les alertes de prix. La page Primes LME du site donne un aperçu du service.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la prime LME ?
C'est la majoration, exprimée en dollars par tonne, payée au-dessus de la cotation LME pour obtenir le métal physique sous une forme, en un lieu et sur une période déterminés. Elle couvre logistique, droits de douane, financement et manutention, plus la composante de disponibilité du marché régional.
Pourquoi la prime monte-t-elle quand le prix LME baisse ?
Parce qu'ils mesurent des choses différentes. Le LME reflète l'équilibre mondial entre demande, offre et stocks de bourse ; la prime reflète la disponibilité de métal dans une région et sous une forme. Fermetures de fonderies, files d'attente dans les entrepôts, droits de douane ou frets en hausse font monter la prime même avec une bourse faible.
Quelle différence entre prime duty paid et duty unpaid ?
La prime duty paid concerne un métal déjà dédouané, en libre pratique dans l'UE ; la prime duty unpaid un métal sous régime douanier, pour lequel le droit reste à payer. L'écart entre les deux reflète l'incidence du droit et des formalités.
La prime est-elle la même pour toutes les formes de métal ?
Non. Les primes se réfèrent à la forme : le lingot primaire a la prime de base, tandis que billettes, plaques et fil machine — des demi-produits prêts à la transformation — ont des primes plus élevées qui intègrent la transformation. Dans les contrats, la forme doit toujours être indiquée.
Comment se construit le prix tout compris ?
Prix LME de la période de référence plus la prime négociée, en dollars par tonne ; le total se convertit en euros au taux de change prévu au contrat. Les trois composantes se suivent séparément, car elles bougent pour des raisons différentes.
Le MACF (CBAM) influence-t-il les primes ?
À partir de 2026, le MACF impose de couvrir les émissions incorporées dans le métal primaire importé dans l'UE, avec des certificats achetables à partir de 2027. C'est un coût supplémentaire sur le métal hors UE que le marché tend à refléter dans les primes européennes : un facteur à suivre, dont le guide CBAM explique les règles et les échéances.
Sources
Références de ce guide :
- LME — prix de référence
- LME — entrepôts et livraison physique
- FT Mercati — Primes LME
- Commission européenne — MACF (CBAM)
Ce guide a une finalité d'information sur les marchés et ne constitue pas un conseil financier ou commercial : les décisions d'achat et de couverture se prennent avec vos propres conseillers. Les chiffres des exemples sont fictifs et ne représentent pas des cotations courantes.