La Banque centrale européenne devrait relever ses taux d'intérêt jeudi, les probabilités du marché situant la probabilité d'une augmentation d'un quart de point à près de la certitude, selon une analyse d'Euronews. La décision ferait passer le taux de dépôt de la BCE de 2,25% à 2,5%, marquant une nouvelle étape du cycle de resserrement monétaire de la banque centrale qui a débuté en juin suite au choc énergétique causé par la guerre en Iran. Bien que la hausse des taux elle-même semble quasi assurée, la justification sous-jacente est plus complexe et contestée que ne l'indiquent les chiffres d'inflation bruts.
Les données d'inflation de la zone euro d'août ont atteint 3,3%, contre 2,9% en juillet et le niveau le plus élevé depuis septembre 2023, largement entraînées par une augmentation de l'inflation énergétique à 14,3% contre 10,3%. Ces données ont incité la présidente de la BCE Christine Lagarde à signaler la probabilité d'une action en septembre suite à l'augmentation de taux de juin et à la pause de juillet de la banque. Cependant, un examen plus approfondi des composantes de l'inflation révèle une narration différente en dessous de la surface.
L'inflation de base, qui exclut l'énergie, les produits alimentaires, l'alcool et le tabac, a en réalité diminué à 2,4% contre 2,5% le mois précédent. L'inflation des services, considérée comme l'indicateur le plus fiable des pressions salariales et de la demande intérieure, est tombée à 3% contre 3,3%. Ces chiffres suggèrent que l'énergie coûteuse ne se propage pas dans d'autres parties de l'économie par les soi-disant « effets de second tour », une absence que les économistes considèrent comme l'argument le plus solide contre un resserrement de la politique monétaire.
Les recherches publiées par les économistes de la BCE mardi soutiennent cette distinction. Leur analyse a révélé que les facteurs défavorables d'offre énergétique, entraînés par les tensions géopolitiques, ont représenté environ 90% de l'augmentation de l'inflation énergétique entre janvier et mai. Les économistes ont noté que cela diffère considérablement de la hausse de 2021-2022, qui a résulté d'une combinaison de facteurs d'offre et de demande sans précédent, expliquant pourquoi la BCE a réagi à l'époque par des augmentations de taux forcées et persistantes plutôt que par l'approche progressive poursuivie maintenant.
La variation régionale entre les États membres de la zone euro souligne davantage le caractère inégal des pressions d'inflation actuelles. Les taux d'inflation d'août variaient de 4,5% en Espagne à 2,9% en Allemagne et 2,7% en France. Ces trois économies font face au même choc énergétique mais connaissent des résultats d'inflation nettement différents, tout en étant soumises à un taux d'intérêt unique de la BCE fixé à Francfort.
La croissance économique présente une autre complication pour le calcul de politique de la BCE. La zone euro a démontré une résilience plus grande que prévu par de nombreux analystes. Les recherches d'ING attribuent cela en partie à des facteurs géopolitiques favorables affectant les concurrents, notamment les économies asiatiques souffrant plus sévèrement de la fermeture du détroit d'Ormuz, et en partie aux mesures de stimulus fiscal.
ING caractérise la hausse de taux attendue de jeudi comme une « hausse de taux d'assurance » ou « hausse de taux colombe », notant qu'à 2,5%, le taux de dépôt reste dans la fourchette que la BCE elle-même considère comme neutre pour la politique monétaire. Aller plus loin signalerait un virage vers une politique restrictive, un jugement de politique entièrement différent. Les décisions de la BCE ne surviennent pas en isolation.
La Réserve fédérale se réunit les 15-16 septembre, le président Kevin Warsh utilisant son récent discours de Jackson Hole pour affirmer que les conditions financières ne sont pas restrictives et que l'inflation sous-jacente n'a pas s'amélioré. Avant les remarques de Warsh, les marchés évaluaient la probabilité d'une augmentation des taux américains à environ un tiers, mais cela a changé à environ 60% de probabilité que la Fed relève sa fourchette cible de 3,5%-3,75% à 3,75%-4%. La Banque du Japon se réunira les 17-18 septembre, les marchés évaluant une probabilité de 80% à 90% d'un passage à 1,25%.
En contraste, la Banque d'Angleterre devrait maintenir ses taux à 3,75% le 17 septembre, conservant son taux nettement plus élevé par rapport aux autres grandes banques centrales. La perspective d'augmentations synchronisées des taux mondiaux porte des implications pour l'euro. Si la Réserve fédérale devait relever ses taux tandis que la BCE resterait stable, le dollar s'apprécierait par rapport à l'euro.
Bien qu'un euro plus faible améliorerait la compétitivité des exportations européennes, il augmenterait aussi les coûts d'importation. De manière critique, puisque le pétrole et le gaz sont évalués en dollars, la faiblesse de l'euro ferait monter précisément les coûts énergétiques qui alimentent le problème d'inflation que la BCE tente de résoudre. Globalement, le consensus semble certain concernant une hausse de taux de la BCE en septembre.
Cependant, les analystes suggèrent que la banque centrale fait face à un dilemme persistant: relever les coûts d'emprunt contre une inflation qu'elle ne peut pas directement atteindre par la politique monétaire seule, tout en retirant simultanément le soutien économique à une économie qui pourrait toujours bénéficier de conditions accommodantes. La décision représente un compromis maladroit entre les attentes du marché et les signaux mitigés contenus dans les données d'inflation réelles.
Source: euronews.com